Une pénurie bien ancrée

Le manque de personnel qualifié dans de nombreux secteurs professionnels n’est pas un nouveau débat en Suisse. En 2011, le Département fédéral de l’économie, de la formation et de la recherche (DEFR) lançait déjà ainsi une initiative pour combattre cette pénurie sur le marché du travail.

La filière MINT, c’est-à-dire les domaines mathématiques, informatiques, sciences naturelles et technique, lance un défi particulier au pays car son manque d’intérêt au sein de la population suisse a des conséquences non négligeables sur l’économie et la société dans son ensemble.

Elle vise en effet des métiers dits stratégiques, à haute valeur ajoutée, qui promeuvent l’innovation ainsi que le développement technologique, et donc l’attractivité de notre état. Ce sont aussi ces filières qui pourront faire face aux défis environnementaux du 21e siècle.

Les milieux économiques, politiques, professionnels, académiques et de l’enseignement travaillent ensemble aujourd’hui pour trouver une solution. Soulignons toutefois qu’étant donné la grande diversité de ce secteur, certaines branches souffrent de pénurie alors que d’autres se portent très bien comme c’est le cas de la biologie ou de la chimie par exemple.

Les études MINT attirent plus, mais pas encore assez

L’objectif principal de la politique publique est d’augmenter le nombre de diplômés dans les domaines MINT afin de pourvoir, idéalement, aux besoins des entreprises sans avoir recours à l’immigration.

Selon Economie Suisse, il s’agit là d’une utopie car la pénurie de main-d’œuvre spécialisée ne pourra être compensée seulement par une hausse du nombre d’étudiants, la demande pour de tels profils scientifiques, étant beaucoup trop forte.

Un grand nombre de départ en retraite est également attendu ces prochaines années dans ces domaines et n’arrangera rien à la situation. 

Les différentes initiatives menées par la Confédération et les cantons depuis 2010 ont cependant eu d’excellents résultats. Ainsi, le nombre d’étudiants entrants MINT a augmenté de 14% depuis 2010/11 pour l’ensemble des hautes écoles. À titre de comparaison, le nombre de nouveaux étudiants non MINT a augmenté de 5% sur la même période.

Malheureusement, même si les filières scientifiques ont de plus en plus la cote auprès des étudiants, cette tendance n’est pas encore suffisante par rapport aux besoins du marché.

L’école, les enseignants et la famille

Les causes du manque d’intérêt pour les domaines MINT, et en particulier des femmes, restent difficiles à identifier. Selon une étude des Académies suisses des sciences, les jeunes s’intéressent aux thèmes MINT, mais pas suffisamment pour se lancer dans cette filière qu’ils estiment trop complexe et peu attrayante.

L’encouragement par la famille et l’école, surtout des filles, est essentiel pour briser les idées préconçues. Et cela est d’autant pus vrai lorsque l’on se réfère aux résultats d’une étude publiée par l’Université de Munich en 2013 selon laquelle, en particulier pour les mathématiques, l’enseignement appliqué et la motivation jouent un rôle plus important que l’intelligence individuelle pour le succès académique.

Etant donné que les intérêts et par conséquent, l’orientation scolaire et donc professionnelle des jeunes se déterminent déjà, en principe, à la fin de la scolarité obligatoire, il convient de stimuler l’intérêt pour les disciplines scientifiques le plus tôt possible et dans une perspective à long terme.

La sensibilisation, un bon enseignement et les encouragements doivent donc débuter dès l’âge préscolaire, au jardin d’enfants en développant des jeux adéquats et ensuite aux degrés primaire et secondaire I.

Pour ce faire, les enseignants doivent eux-mêmes être formés et aidés par du matériel et des équipements performants pour pouvoir susciter la passion, sinon un intérêt prononcé, pour ces matières.

Explore-it est un projet de recherche et développement lancé il y a plus de dix ans par la Haute École Pédagogique du Valais (HEPVS) et la Haute école pédagogique de la Suisse du Nord-Ouest (FHNW) dont le but est de doter les enseignants de matériel adapté aux mains des enfants (dès la 4e année) et permettant d’explorer des principes techniques de base. L’association offre des kits à des prix avantageux.

Offres extrascolaires

Pour être efficace, la promotion de telles études scientifiques et les encouragements doivent être continus et adaptés à l’âge. Ce contact régulier avec la technique est appelé la « socialisation technique » et peut être fourni par des offres extrascolaires pour enfants et adolescents.

Une étude des Académies suisses des sciences, publiée en 2017, a recensé 673 offres extrascolaires MINT en Suisse. En analysant les différentes régions, on constate que celle de Zurich compte le plus grand nombre d’offres extrascolaires et le Tessin le moins mais ce rapport s’inverse si l’on mesure le nombre d’offres par rapport au nombre d’habitants.

Parmi elles, citons un grand nombre d’expositions (musées, zoos, expositions itinérantes), de visites guidées (dans des musées, des entreprises et installations industrielles) ainsi que des ateliers d’approfondissement sur des thèmes spécifiques.

L’internet peut également jouer un rôle important pour faire connaître, de manière ludique, le monde des sciences et de la technique. Citons à titre d’exemple, le site www.simplyscience.ch qui propose aux jeunes de 8 à 18 ans des histoires amusantes, des jeux et des concours.

Pour plus d’informations au sujet des offres extrascolaires, une banque de données de plus de 800 offres MINT, développée en continu, est librement accessible sur le site www.educamint.ch.