Plutôt discret dans le passé et loin des centres urbains, n’intéressant qu’une infime élite sociale, «le marché» des écoles privées en Suisse est aujourd’hui en bonne santé et en forte augmentation. «Le succès est tel, explique Ilya Eigenbrot, directeur d’une école privée de Suisse romande,  qu’il y a des listes d’attente pour pouvoir inscrire un futur élève dans un de ces centres!» Par ses propos, doit-on comprendre que le système public est sur le point de faillir? «Absolument pas, le choix d’une école privée n’est pas forcément un palliatif au système public, mais un marché à part entière destiné à une clientèle ciblée.» 

Une clientèle particulière 

Il existe actuellement en Suisse romande plusieurs types d’établissements privés offrant un éventail de formations et de diplômes. Les enfants qui y sont inscrits proviennent souvent de familles dont les parents sont cadres dans des multinationales et des organisations internationales établies dans le bassin lémanique. Ces élèves représentant plus de la moitié des inscriptions. Le choix d’une école privée, proposant généralement un programme anglophone, s’inscrit plus dans une planification de retour. Car les élèves pourront poursuivre leurs études dans leur pays d’origine. En règle générale, les familles étrangères séjournent en Suisse entre 3 et 5 ans, puis elles regagnent leur pays.

Une autre pédagogie 

Mais les atouts qu’avancent les établissements privés pour séduire leurs clients ne s’arrêtent pas là. Tradition britannique, uniforme, maisons à la «Harry Potter» sont souvent de mise. Bien que l’argument central reste l’aspect pédagogique: petites classes, soutien personnalisé et programme faisant la part belle aux sports et aux arts. S’ajoute à cela une éducation traditionnelle qui séduit souvent les parents: ordre, discipline, respect de l’autre et sécurité font le succès de ces institutions.

Complémentarités et divergences 

Du côté de l’enseignement postobligatoire public les avis sont un peu plus mitigés. L’idée qui prévaut est que même s’il s’agit de systèmes différents, les écoles privées occupent plutôt des niches que les programmes des collèges publics ne peuvent pas satisfaire. Elles deviennent de ce fait complémentaires, notamment pour l’enseignement bilingue encore peu pratiqué. 

Les acteurs de l’éducation publique insistent également sur le fait que l’enseignement public, et la maturité fédérale en particulier, offre un excellent niveau de formation. Lorsqu’une famille ou un élève choisit une formation dans un établissement privé, dont la qualité n’est nullement remise en cause, il faut à tout prix s’assurer qu’une équivalence soit possible en regard du système public. Sans quoi l’élève aura plus de difficulté à accéder aux établissements supérieurs suisses.