De quoi parle-t-on?

La définition du décrochage scolaire varie selon les pays. La Suisse, tout comme la France, recense le taux de décrochage scolaire en fonction de l’aboutissement ou non d’une formation certifiante.

Le décrochage scolaire concerne donc les adultes entre 18 et 24 ans ayant une qualification inférieure à l’enseignement secondaire supérieur. Comparée à la situation des autres pays européens, le phénomène en Suisse est loin d’être alarmant, la Suisse présentant le taux de décrochage scolaire le plus bas en Europe, juste devant l’Autriche et la Suède (statistiques OFS 2017). En effet, 9 jeunes sur 10 sortent de l’école ou d’un apprentissage avec une première qualification dans notre pays.

Outre le faible taux de rupture scolaire, la Suisse se distingue également de ses voisins par le fait que nous sommes le seul pays en Europe où les filles sont plus sujettes à l’exclusion scolaire que les garçons.

Ce que prévoit la loi

En Suisse, l’école obligatoire dure onze ans et recouvre les degrés primaire et secondaire inférieurs. L’accès à une éducation de base est donc acquis.

Le décrochage scolaire est visé à l’article 41 de la Constitution fédérale qui spécifie que les enfants, les jeunes et les personnes en âge de travailler doivent pouvoir bénéficier d’une formation initiale et d’une formation continue correspondant à leurs aptitudes et que tout doit être fait pour encourager leur autonomie et leur intégration sociale, culturelle et politique.

A qui la faute?

Il n’est généralement pas possible d’identifier une seule cause et le décrochage scolaire s’installe souvent progressivement, voire insidieusement, au fil des semestres, jusqu’à la rupture.

Il s’agit donc d’un processus généralement long et dont les origines peuvent être multiples et liées à des facteurs environnementaux (précarité socio-économique), familiaux (la question de l’autorité, la monoparentalité…), individuels (délinquance, déficit d’attention, dépression…) et/ou scolaires (le climat scolaire, l’orientation choisie, le harcèlement scolaire). Les premiers signes sont souvent des absences de plus en plus répétées, de mauvais résultats académiques et un désintérêt total pour tout ce qui touche à la vie éducative.  

Malheureusement, force est de constater que tous les élèves ne sont pas égaux face au décrochage et à l’exclusion scolaires.

Certains jeunes éprouvent des difficultés familiales, manquent de soutien ou d’encadrement ou éprouvent un mal-être, une faible estime de soi ou encore d’autres soucis personnels qui les rendent plus vulnérables et donc plus sujets au décrochage éducatif.

De lourdes conséquences

Symptôme d’une difficulté dans la vie de l’adolescent, la rupture scolaire peut changer toute une vie et avoir de graves conséquences. En effet, quitter l’école sans obtenir de diplôme rend immanquablement difficile toute intégration socioprofessionnelle future.

Cette décision, assumée ou non et preuve d’une grande souffrance, pousse ces jeunes vers une vie probablement dépendante des aides sociales et donc vers une certaine marginalisation sociale et économique.

Les remèdes au décrochage

Les causes du décrochage scolaire étant multiples et mêlant à la fois les sphères privée et scolaire, la prise en charge des jeunes en rupture éducative se doit donc d’être plurielle et de réunir l’ensemble des acteurs présents dans la vie de l’adolescent, à savoir: le jeune lui-même, sa famille et son environnement scolaire.

Si vous êtes parent et que vous avez constaté les premiers signes d’un désinvestissement scolaire, voici quelques pistes à explorer pour tenter d’inverser la tendance:

  • Communiquez le plaisir d’apprendre et créez à domicile un lieu agréable et calme pour que l’adolescent ait un espace destiné à l’étude et à la réalisation de ses devoirs.
  • Essayez de dégager du temps pour votre progéniture et tentez de vous impliquer dans l’accompagnement de ses études et la réalisation de ses devoirs.
  • Veillez à valoriser ce qu’il ou elle fait pour lui rendre son estime de soi et lui donner confiance en ses capacités à mener une action et à la réussir.
  • Si vous n’avez pas les connaissances ou les compétences nécessaires pour aider votre enfant à l’école, il peut être intéressant de se tourner par exemple, vers les parents d’un ami de votre enfant qui peuvent aider ou des services de soutien scolaire tels que des écoles de devoirs.
  • Prévoir des cours particuliers ou se tourner vers des écoles privées qui permettent un suivi plus personnalisé sont aussi de bonnes options.
  • Si le problème est ailleurs et que vous suspectez votre enfant d’avoir besoin d’un soutien psychologique, ne tardez pas à consulter des spécialistes.

Le canton de Genève prend des mesures

Chaque année, environ un millier de jeunes Genevois interrompent prématurément leur formation de telle sorte qu’environ 15% des moins de 25 ans quittent le système scolaire sans être diplômés.

Dès la rentrée scolaire 2018, tous les jeunes de 15 ans à 18 ans habitant le canton de Genève devront être en formation, conformément à l’article 194 de la Constitution genevoise. Une première en Suisse. L’objectif présenté par Anne Emery-Torracinta, conseillère d’Etat chargée de l’Instruction publique, est d’obtenir le taux de 95% d’une tranche d’âge avec diplôme sur un cycle de trois ans.

Cette nouvelle mesure, inscrite dans la Constitution cantonale en 2012, s’organisera autour de trois axes à savoir: le renforcement du suivi et de l’orientation de l’étudiant, le développement du guichet CAP Formations pour aider les jeunes qui sont déjà en situation de rupture scolaire et le développement d’une nouvelle offre de formation préprofessionnelle afin de mieux préparer les jeunes à démarrer un apprentissage.