Sur les 380 jeunes, entre 16 et 25 ans, ayant postulé, seuls cinq ont été sélectionnés. Dans le groupe des heureux élus, fait rare, quatre étaient de jeunes femmes de Suisse alémanique et du Tessin. Un Valaisan de 20 ans les accompagnait également. Nous avons eu le plaisir d’interroger Joëlle Perreten, une étudiante en Master des Sciences du Climat et de l’Atmosphère à l’ETH de Zurich.

A quand remonte le début de votre intérêt pour l’écologie?

Je me souviens avoir été très touchée par la chanson de Stress «On n'a qu'une terre» sortie en 2007. Elle a changé quelque chose en moi au point que j’ai voulu me lancer dans des études scientifiques pour comprendre les enjeux de l’écologie et être moi-même actrice du changement que nous devons tous engager si nous voulons sauver notre planète.

Quelles études avez-vous entreprises?

Je viens de terminer mes 3 années de Bachelor en ingénierie environnementale à l’EPFL et en septembre, je commencerai un Master en Sciences du Climat et de l’Atmosphère à l'Ecole polytechnique fédérale de Zurich (ETH).

Quels sont vos gestes «écolos» au quotidien?

Outre le fait d’être végane et de faire attention à la provenance de ce que je mange, j’utilise le moins possible une voiture et favorise les transports publics pour me déplacer, ce qui en Suisse n’est vraiment pas un problème.
 

Je recycle le plus possible et de manière générale, j’essaie d’être minimaliste pour tout ce que je consomme car je sais que tout finira en déchets.


Et puis, j’aime aussi rencontrer et parler avec les gens pour les informer de la problématique du réchauffement climatique.

Y a-t-il une tendance non écolo qui vous agace?

Oui, les emballages! Il semble qu’aujourd’hui tout doit être emballé. Même les choses les plus petites ont un immense plastique autour d’elles alors que ce n’est vraiment pas nécessaire.

Sur les plages du Svalbard, j’ai vu énormément de sacs plastiques échoués, cela m’a fait beaucoup de peine. Les chaînes de supermarchés en prennent lentement conscience et il y a encore énormément de travail à faire!

Quand avez-vous entendu parler du Swiss Arctic Project?

C’est ma maman qui m’a informée de ce projet en janvier alors que je n’avais vraiment pas la tête à ça. J’étais en pleine session d’examens et loin de me douter qu’une telle aventure puisse être organisée.

Pourquoi vous êtes-vous lancée dans le processus de sélection qui a demandé énormément de travail aux centaines de candidats?

Charles Michel et sa femme Doris Codiga, les organisateurs de l’expédition, ont trouvé un bon moyen pour créer un pont entre la science et la population suisse, en particulier les jeunes.

Rendre cet événement médiatique en obligeant les centaines de candidats à créer un profil, communiquer sur leurs pages personnelles dans les médias sociaux et récolter un maximum de votes a été un excellent moyen pour informer et sensibiliser un public très large sur les effets déjà perceptibles et visibles du changement climatique.

Il est vrai que ça a demandé pas mal d’efforts pendant tout le processus de sélection mais cela en valait vraiment la peine et j’ai pris conscience qu’il était important de partager ses connaissances sur le sujet même avec des personnes que l’on ne connaît pas.

Vous trouvez que les jeunes Suisses ne sont pas suffisamment informés du péril climatique?

J’ai parfois l’impression que les questions environnementales n’intéressent pas beaucoup les gens car ils pensent, à tort, que soit ça ne les concerne pas en Suisse soit que les conséquences dramatiques du changement climatique n’arriveront que dans des décennies, bien après eux.

Or ses effets dévastateurs sont déjà bien visibles en Suisse: les glaciers fondent de plus en plus vite, les villes de Lausanne et Sion ont été inondées cet été et nos vaches ont dû recevoir de l’eau par hélicoptère pour ne pas mourir de soif dans nos alpages!

 

 

Quelles études scientifiques avez-vous réalisé au cours des trois semaines à bord du bateau MV San Gottardo?

Nous avons réalisé plusieurs mesures et échantillonnages d’eau, glace, neige, boue et mousse que nous avons ensuite envoyées aux universités partenaires du projet qui sont l’ETH, l’EPFL, l’EAWAG-EPFL ainsi que les universités de Neuchâtel et Tromsø.

Les analyses de boues, c’est ce qui m’a le plus intéressé car elles permettent de mettre en évidence la pollution au PCB qui sont des polluants encore fréquemment trouvés dans l'environnement et présents jusqu’en Arctique bien qu’ils aient été interdits dans les années 80.

Nous attendons les résultats qui vont permettre d’évaluer les dégâts de notre mode de vie actuel sur la biodiversité, la pollution et la fonte des glaces.

Sur le bateau, vous étiez avec trois autres femmes et un homme. Dans le monde scientifique, c’est une situation plutôt inhabituelle pour vous, non?

Oui, c’était une magnifique surprise de rencontrer les autres participantes car au cours de mes études à l’EPFL, je peux vous dire que c’est l’inverse et qu’il y a une grande majorité d’hommes et peu de filles. Le Swiss Arctic Project a ainsi aussi permis, je pense, de montrer que les questions scientifiques ne sont pas réservées qu’aux hommes et qu’en Arctique, il peut aussi y avoir des aventurières!

Vous étiez face à une nature splendide, proche du pôle Nord. Quel a été le moment le plus intense pour vous?

Je me souviendrai toute ma vie de ce moment: nous étions sur le bateau, en face d’un immense glacier et j’ai réalisé que bien qu’il soit immense et semble éternel, j’allais probablement vivre plus longtemps que lui. Cette prise de conscience m’a énormément touchée.

A quoi ressemble «l’après-Swiss Arctic Project»?

Depuis que je suis rentrée début août, j’ai documenté mes impressions et posté des vidéos et des photos sur mon site internet (www.joelleperreten.ch). J’ai également contribué au «Student Climate Report 2018» en partageant mes impressions ainsi que les entretiens que l’on a pu avoir avec des chercheurs.

Les premiers feedbacks que j’ai reçus sont très positifs. Cela m’a d’ailleurs poussée à organiser bientôt une conférence dans ma commune, à Stäfa dans le canton de Zurich.

Quel est votre voyage pour promouvoir la question environnementale?

Toute ma vie est un voyage pour l’écologie!