Une révolution cognitive

Nous sommes aujourd’hui à l’aube d’une quatrième révolution industrielle qui repose sur des technologies qui se nourrissent les unes des autres, fusionnent et se renforcent à un rythme exponentiel. Des révolutions industrielles, l’humanité en a déjà connu trois depuis la fin du XVIIIe siècle.

La première révolution industrielle, se basant sur la machine à vapeur a permis de mécaniser la production. La deuxième révolution a exploité l’énergie électrique pour créer la production de masse tandis que la troisième a utilisé les technologies de l’information et l’électronique pour automatiser la production.

La quatrième révolution industrielle, amorcée par l’avènement du numérique, est différente car elle est amenée à changer foncièrement nos relations aux autres. En effet, en rendant floues les frontières entre les sphères physique, numérique et humaine, elle modifie notre façon de vivre et de travailler. 

Nos modes de consommation, la façon dont nous faisons des rencontres, la manière dont nous nous déplaçons, la partie de notre intimité que nous sommes prêts à sacrifier en échange de services personnalisés sont autant d’exemples qui prouvent que la révolution numérique, contrairement aux précédentes change notre identité et notre rapport au monde.

Une vitesse de développement sans précédent

Mis à part le fait que les révolutions passées visaient essentiellement à automatiser des tâches répétitives, ce qui différencie la révolution à laquelle nous assistons aujourd’hui, est la vitesse à laquelle apparaissent les nouvelles innovations.

Ces dernières se basent en effet sur une croissance exponentielle de la puissance de calcul informatique et la mise à disposition d’énormes volumes de données des utilisateurs, surprenant en permanence même les plus connectés d’entre nous. Lors d’une réunion du World Economic Forum à Davos en 2016, on pouvait ainsi entendre «Speed is the new currency of business» («la vitesse est la nouvelle monnaie»).

Tous les secteurs d’activité sont touchés

Entre euphorie et craintes, la révolution numérique est amenée à bouleverser la quasi-totalité des secteurs d’activité et ce, partout dans le monde. Ainsi, on constate que les activités de production, de gestion mais aussi de communication sont déjà en pleine mutation au vu des différents ajustements économiques et industriels engrangés.

Selon le cabinet Roland Berger, dans une étude intitulée «Industrie 4.0: la transition quantifiée», l’industrie passe d’une logique de production de masse à celle de personnalisation de masse. Elle ne repose plus sur les effets d’échelle et de volume, mais sur une production flexible et localisée près de la demande.

Elle fabrique «à la demande» et ne fait plus de stocks, avec une adaptation dynamique à la demande. […] dans la prochaine transition industrielle, ce ne sont ni les volumes, ni l’effet d’échelle, ni le facteur coût du travail qui créeront de la valeur, mais la personnalisation de l’offre et, économiquement, la réduction du capital engagé.  

De nombreuses inquiétudes sociétales

Toutes les révolutions industrielles passées ont toujours été accompagnées par un progrès social et humain, parfois avec un temps de transition plus ou moins long. Pourquoi serait-ce différent cette fois? Au cœur des plus vives inquiétudes, la question de savoir si la machine remplacera l’humain sur une planète qui devrait compter 10 milliards de personnes aux alentours de 2050. Si les machines remplacent les hommes, que feront les travailleurs? Y aura-t-il du travail pour tout le monde?

D’après Klaus Schwab, le fondateur du World Economic Forum, «le talent, plus que le capital, représentera le facteur essentiel de la production. Cela accroîtra encore la ségrégation du marché du travail entre un segment «qualification et rémunération faibles» et un segment «compétences et salaires élevés», ce qui intensifiera les tensions sociales».

Rien de bien réjouissant mais, fort heureusement, tout le monde ne partage pas cet avis. Le cabinet Roland Berger prévoit quant à lui que «l’usine du futur donnera une place à tous les niveaux de qualifications.

Aucun métier actuel ne va disparaître. […] la qualité de vie au travail sera aussi grandement améliorée. Les tâches pénibles et répétitives seront automatisées. L’humain se concentrera sur le fonctionnement, travaillera beaucoup plus en équipe».

Le marché de l’emploi en pleine refonte

Chaque révolution industrielle a toujours été accompagnée de discours catastrophistes sur l’emploi. Une fois encore, face aux nombreux bouleversements qu’engendre la quatrième révolution industrielle, nul ne peut douter des impacts qu’elle aura sur l’emploi.

Certaines professions disparaîtront tandis que de nouvelles apparaîtront et, en tout état de cause, les nouvelles technologies modifieront la grande majorité des métiers existants.

Selon l’étude intitulée «The future of jobs», publiée par le World Economic Forum en 2016, les principales influences technologiques sur le marché de l’emploi concernent, par ordre d’importance: l’Internet mobile et la technologie «cloud», le big data, les nouvelles sources d’énergies, les objets connectés («internet of things»), l’économie collaborative, les plates-formes et le crowdsourscing, la robotisation et les transports autonomes, l’intelligence artificielle, les imprimantes 3D, les nouveaux matériaux et biotechnologies.

Le développement de nouvelles qualifications

L’étude du World Economic Forum, souligne qu’en net, 5 millions d’emplois seront détruits d’ci 2020 dans les pays développés étant donné que le numérique et la robotique créeraient 2 millions d’emplois, mais en détruiraient 7 millions. Il s’agit donc de bien se positionner sur le marché et d’avoir les bonnes compétences.

Même si elles ne sont pas encore bien cernées, on peut sans nul doute prévoir que les compétences liées aux développements de systèmes, la cybersécurité, le big data et la réalité virtuelle seront fortement demandées.

L’acquisition de nouvelles compétences se fera, elle aussi, par l’utilisation de nouveaux outils, plus flexibles, plus mobiles et qui nous permettront d’apprendre partout et quand on le souhaite.

De toutes les études sur le sujet, il ressort que la principale capacité à développer pour faire face aux nombreux développements sociétaux futurs est celle «d’apprendre à apprendre». N’est-ce pas là, un excellent moyen pour rester jeune?