En regardant votre CV, on imagine un parcours sans fausse note. Comment se sont déroulées vos études?

Détrompez-vous! J’avais trois ans de retard en HEC… J’ai passé ma matu à 21 ans alors que d’autres gars finissaient l’université à cet âge-là. Je m’accrochais au travail parce que je n’avais pas envie d’être le cancre qui rate.

Les études c'est comme un passeport qui vous permet de voyager

J’avais une certaine fierté à montrer à tous mes professeurs que, contrairement à ce qu’ils pensaient, j’allais réussir. L’adversité me stimule encore aujourd’hui. Les études, c’est comme un passeport qui vous permet de voyager ou d’entrer dans un pays…

Autrement dit, de vous ouvrir les portes d’une entreprise à l’autre ou d’entrer dans une entreprise. Mais après il faut pouvoir se débrouiller avec ses propres compétences et son savoir.

Pourriez-vous être au poste que vous occupez aujourd’hui avec un parcours scolaire moins abouti?

Sans études, ça aurait été probablement plus difficile… Vous avez un passeport mais il vous faut à chaque fois des visas. Je ne peux produire mon diplôme qu’une seule fois! Une fois que la porte d’Audemars-Piguet m’a été ouverte, j’ai dû me débrouiller.

Parfois, trop de diplômes et trop de technocratie tuent l’initiative et conduisent à des engagements de personnes brillantes mais qui manquent cruellement de sens pratique. Les études, ce n’est que le châssis, il reste encore à y mettre un bon moteur, une motivation! Il faut conjuguer les deux.

Notre système éducatif est réputé bien au-delà de nos frontières. Selon vous, à quoi doit-on ce succès?

Parce que nous n’avons pas le choix! Comme le pays est petit et dépourvu de marché intérieur, il est condamné à avoir une jeunesse extraordinairement bien formée. C’est le cas de la plupart des entreprises helvétiques comme la nôtre qui vendent une majeure partie de leurs produits à l’étranger…

Et pour exporter, il n’y a qu’une chose que vous pouvez avoir de supérieur aux autres: une meilleure qualité ou une meilleure innovation. Dans les deux cas, cette ressource provient des hommes qui eux seuls sont capables de maintenir cette stratégie d’exportation.

Et comment expliquez-vous que vous soyez un des seuls patrons suisses à la tête d’une entreprise helvétique?

Parce que l’horlogerie est très suisse (rires). Plus sérieusement, elle a encore, il est vrai, cette forte empreinte helvétique. Dans la pharma ou la banque, cette empreinte existe mais elle est beaucoup moins forte… Il n’y a que l’horlogerie suisse qui peut se targuer d’avoir un monopole mondial et sans concurrence.

C’est sûrement pour ça!