Pouvez-vous nous dire par quels éléments les recruteurs sont influencés dans les dossiers de candidature? 

Les recruteurs ont en tête un prototype du candidat idéal. Souvent, quand il s’agit d’un poste de direction, ils préféreront un homme et si le poste nécessite un contact humain, ils envisageront plutôt une femme. Ils sont donc naturellement influencés par l’âge, le sexe, la photo,  etc.

Faut-il alors imposer aux recruteurs les CV anonymes?

Je crois que ce sont des éléments qui sont humainement difficiles à ignorer, d’autant que les recruteurs passent souvent très vite sur chaque dossier. Le CV anonyme doit leur permettre de se focaliser sur les informations pertinentes pour le poste. Mais on peut aussi se demander quel est l’intérêt du CV en lui-même. 

Vous voulez dire qu’il faudrait renoncer au CV?

Oui, cela pourrait être pertinent de le remplacer par un questionnaire ciblé qui permettrait de déterminer les compétences nécessaires pour un poste en particulier. Pour la lettre de motivation, c’est plus ou moins la même chose. Normalement, elle doit permettre de décrire des objectifs professionnels. Mais des études montrent qu’elle n’a en fait aucun lien avec les performances futures. 

Les activités extracurriculaires sont-elles aussi importantes que les candidats semblent le croire?

Disons que, aujourd’hui, les candidats se distinguent les uns des autres de moins en moins par leur formation universitaire académique. S’ils n’ont pas réellement d’expérience professionnelle, les activités extracurriculaires leur permettent de se différencier. Mais cela dépend aussi des pays. Dans les régions anglo-saxonnes, ces activités ont beaucoup plus d’importance qu’ici. 

Comment les candidats se comportent-ils lors des entretiens d’embauche?

L’entretien d’embauche est souvent vu comme une arène pour se mettre en avant, pour promouvoir ses accomplissements, voire les exagérer. Quand un recruteur pose des questions qui relèvent plus de l’anecdote que du factuel, les candidats peuvent être tentés de broder. 

Pourquoi les candidats mentent-ils sur leurs compétences?

En fait, le candidat se dit que s’il est honnête et que d’autres candidats mentent, il n’aura pas le poste. Il n’a aucune raison d’être franc. C’est ce qu’on appelle en économie le «dilemme du prisonnier».

Les recruteurs peuvent-ils détecter ces mensonges?

Souvent, ils surévaluent leur capacité à les détecter. Mais il existe de plus en plus de moyens techniques pour les détecter. Les  tretiens structurés avec les mêmes questions pour chaque candidat, par exemple, aident les recruteurs dans leur tâche. On assiste aujourd’hui à une course à l’armement entre candidats et recruteurs, dans laquelle les premiers cherchent à être le candidat idéal, avec des préparations aux entretiens notamment, et les seconds à déjouer les pièges du candidat.